« Comme une fissure traversant une planète séparée en deux »
« Je m’appelle Laura, je suis née le 5 novembre 2001 avec une cardiopathie congénitale : une Transposition des Gros Vaisseaux. J’ai été opérée à cœur ouvert à 14 jours de vie d’un switch artériel, puis j’ai subi sept cathétérismes tout au long de mon adolescence.
Par le biais de ce témoignage, je voudrais vous parler de l’acceptation de soi, et notamment de celle de ma cicatrice. Depuis toute petite, elle a pris une place décisive, au beau milieu de mon corps, comme une fissure traversant une planète séparée en deux.
Issue d’un petit village de campagne, ma situation était loin d’être anodine. Je n’avais personne à qui me comparer, m’inspirer ou me référer. Les petites filles de mon âge avaient un torse sans bosses, sans imperfections. Elles pouvaient porter de longs colliers, sans aucune gêne ni douleur au toucher.
Pendant les cours de sport, le passage au vestiaire était un moment difficile : se changer, s’exposer, sentir des regards. J’appréciais quand quelqu’un osait me demander ce que j’avais, plutôt que de m’ignorer ou de me lancer ces regards qui rappellent la différence.
Je suis persuadée que c’est ainsi que les choses changeront, en se tournant vers l’autre.
Mon plus grand cheminement a été celui de devenir une femme avec un corps marqué, dans une société où la perfection serait, disent-ils, la clé d’une vie réussie.
« On va trouver une solution », me disait ma maman lorsque je ne pouvais pas porter de soutien-gorge à armatures. Elle voulait coudre du coton sous celles-ci pour m’éviter la douleur.
Un jour, je lui ai demandé :
« Maman, tu ne trouves pas que ma cicatrice grandit ? »
« Non Laura, avec le temps tu la verras moins », m’a-t-elle répondu.
Je percevais pourtant, dans son regard et dans sa voix, combien ses mots cherchaient avant tout à me protéger.
Pendant longtemps, mon corps m’a semblé incompatible avec l’idée d’être désirée. Je craignais de ne pas être regardée comme une femme, mais comme une différence. L’amour, le regard de l’autre, l’intimité, tout cela me paraissait réservé à celles dont le corps ne portait pas de traces. Ma cicatrice m’a fait douter de ma féminité, de ma légitimité à être choisie, à être aimée.
Petite, ma maman faisait tout pour que ma cicatrice ne soit pas apparente. Elle voulait me protéger du regard des autres, des jugements.
Aujourd’hui, ses mots ont changé :
« Je n’ai plus peur, je suis fière de ma fille. »
En décembre 2025, après une année durant laquelle mon rapport à mon corps a profondément évolué, j’ai choisi de réaliser un shooting photo pour travailler sur l’image de mon corps et de ma cicatrice.
Je n’ai pas de souvenirs de ma naissance, à part ceux inscrits dans nos mémoires cellulaires. Mais mon père, lui, n’a pas oublié.
« Le moment le plus dur, c’est quand tu es née et que tu es partie tout de suite dans les bras des infirmières. Tu criais fort, très fort, et on t’avait à peine vue. Après, il a fallu attendre longtemps pour te revoir, parce que ça n’allait pas très bien. Et ta cicatrice ne m’a jamais trop fait mal, parce que ta joie de vivre est plus forte que tout. »
À toutes les petites filles,
Moi aussi, j’ai été cette petite fille.
Moi aussi, je me suis cachée.
Moi aussi, j’ai eu peur.
Je vous comprends. Nous sommes nombreuses.
Nos cicatrices parlent pour nous. Oser la différence, c’est ouvrir la voie à l’inclusion.
Ma grand-mère Élise me disait : « Tu l’as et tu dois vivre avec. »
Aujourd’hui, je reprends ses mots.
Je l’ai.
Je dois vivre.
Et en faire une fierté.
À nous. »
- Laura
Témoignage d'un papa
A l'occasion de la fête des pères, nous avons décidé cette année de mettre à l'honneur le papa...
« Cela a été l’une des épreuves les plus dures de ma vie. »
« Nous avons découvert la cardiopathie de notre fille Maya lors de la dernière échographie,...
« Ne restez pas seuls »
« J'ai 64 ans. Je suis en pleine forme, et je fais partie des premières personnes opérées d'une...
« Je suis née avec une Transposition des Gros Vaisseaux »
Catherine est née avec une Transposition des Gros Vaisseaux, et elle a été opérée à plusieurs...
« Je n'imagine pas mon séjour à l'hôpital sans Petit Coeur de Beurre »
« À ma naissance, j’ai été opéré d’une transposition des gros vaisseaux, car mon cœur était...
Un kit de guidance parentale pour soutenir le développement des enfants !
Chez Petit Coeur de Beurre, notre mission première est de soutenir les personnes nées avec une...